QUERRIEN Anne

19Oct07

 

Anne QUERRIEN est sociologue, directrice de la rédaction des Annales de la recherche urbaine au Plan urbanisme construction architecture au Ministère des transports, de l’équipement, du tourisme et de la mer.

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Le logement : un bien contradictoire

(VG/S1)

La politique du logement est la première des politiques urbaines explicites apparues à la fin du XIXe siècle en même temps que les services urbains qui lui sont liés (eau, gaz, électricité, assainissement). Un logement peu cher est utile aux industriels, un logement cher rapporte aux propriétaires fonciers et immobiliers, d’où une contradiction dans les classes dirigeantes, que les épidémies de choléra ou de tuberculose ont aidées à résoudre en faveur des locataires.

Une fraction plus ou moins importante de la population n’a pas les moyens de se loger aux prix du marché tandis que la fraction la plus aisée cherche toujours à améliorer son confort et à se distinguer, et est en même temps imitée et rattrapée par ceux qui le peuvent. Il y a donc une dynamique du marché du logement, proche de celle de l’ensemble des objets de consommation, une tendance à l’amélioration de la qualité et à la hausse des valeurs. La tendance patronale à contenir la hausse des salaires, comme la tendance des propriétaires fonciers à vouloir profiter de la hausse des valeurs des logements, font que cette amélioration possible de la construction est limitée. L’Etat doit intervenir pour déplacer les contradictions dans le sens de la modernisation et retrouver un compromis social acceptable.

L’Etat a aidé au développement du logement social ainsi qu’à la production de modèles d’habitat de qualité. Mais des habitats sous-intégrés se sont développés, se redéveloppent. A partir des années 1970 et de la lutte contre les tendances inflationnistes des dépenses publiques (modèle néolibéral), le logement social a été progressivement orienté vers l’accueil des plus pauvres. Dès lors, une résistance croissante de la société se manifeste à le laisser se réaliser, ou à le côtoyer s’il existe déjà. D’où l’essai de normaliser les quartiers d’habitat social par la politique de la ville, puis par la rénovation urbaine, ou par des formes de privatisation variables selon les pays européens.

L’accession à la propriété est-elle le moyen de la paix sociale comme le croient les gouvernements ? Organisée avec des aides, elle peut mettre en difficulté des personnes peu fortunées (problème dans le Nord et en PACA) car l’aide personnalisée au logement disparaît si les enfants ne sont pas étudiants et ont atteint seize ans. Les problèmes de copropriété, liés à l’incapacité de certains à faire face aux travaux nécessaires, augmentent. L’intolérance aux exclus est parfois plus forte chez les propriétaires ; mais l’hospitalité est plus facile à pratiquer pour eux. Tous propriétaires ? Un leurre, un coût trop lourd, une impossibilité sociale ? En France et aux Etats-Unis, environ un tiers de la population semble rester en dehors de cette politique de responsabilisation familiale, alors que dans les pays anciennement socialistes la privatisation semble un succès. On s’efforcera de comparer.

Mal logés, mesures de droit commun et mesures spécifiques, droit au logement ou droit à l’hébergement, associations de médiation, revendication de réquisition, délégations de responsabilité par l’État aux associations, reconnaissance du droit au logement, problèmes liés au vieillissement de la population ; relégation des défavorisés… : ces questions seront analysées à partir du cas français en s’appuyant également sur les évolutions suivies dans les autres pays européens.

Bibliographie

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Sylvie TISSOT, L’État et les quartiers, Seuil, Paris, 2007.

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